Limoilou: Fesses, canicule et duchesse!

Limoilou. Un p’tit midi d’été, mon chum se gratte les fesses et me dit : « Ils annoncent chaud aujourd’hui ». Jamais réellement su qui se cachait derrière ces fameux  » ils ». Ça pourrait être MétéoMédia ou Josiane de Radio-Can. Ou encore Patrick en face qui jase de tout et de rien en fumant sa clope sur le banc public. (En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes…)

33 degrés, on se dit qu’il serait impératif de s’aérer…

L’idée de se rafraîchir vient sous forme de rond bleu en banlieue : piscine à Papa-Maman près des haies parfaitement entretenues, des paradis en résine de synthèse, des chorales de tondeuses affamées et des patios en bois, traités de cette année.

« Pis? » me dit-il dans un dernier grattement, le rustre.

« Chez ta mère ou chez mon père? » qu’il termine.

« Non, on reste ici ! » que je-me-coup-de-théâtrise.

J’eus la formidable idée de prendre la main de mon chum (pas celle avec laquelle il s’était gratté) et de l’emmener à la Brûlerie, en bas, prendre un latté tchai glacé. Haaaaaa! En deux gorgées de le dire, on se régule l’hypophyse. D’un pas flâneur, on emprunte la 2e Avenue sous les branches de feuillus immenses qui font un tunnel d’ombre dense. Passé l’École de cirque, on bifurque vers la piste cyclable/pédestre pour entrevoir les berges d’une rivière renaissante. Tout près, des fervents de pétanque balancent déjà leurs boules près des jeux d’eau pris en otage par les enfants. La balade s’arrêtera sur la terrasse du Bal du Lézard de la 3e Avenue où nous ferons griller nos écailles devant une bière au thé cuivré.

Le vent jette une légère brise qui vient nous soulager.

Limoilou, je t’aime de partout. Cet après-midi, je me dis que ma vie n’aurait pas été pareil si je ne t’avais pas rencontré, avec tout ce que tu es : tes étés, tes odeurs, tes rumeurs de fêtes, tes gangs qui se manifestent sur tes balcons à l’improviste, ton mariage de classes et de nationalités, tes matous, tes escaliers, tes nuits folles, tes cris de sirène, tes hipsters, tes granos, tes étudiants caféinés, tes artistes insomniaques, tes commerçants matinaux, tes ruelles. Ta vie.

Pis y’a mon chum qui me regarde d’un air inquiété à me voir rêvasser de la sorte et qui me dit :

« À te voir triper autant sur Limoilou, tu devrais être duchesse du quartier. »

Y’est con des fois mon chum!


Marie-Chantal Chrétien

Limoilou