Portrait de la duchesse en animal de taxidermie

Chaque souverain digne de ce nom s’est fait tirer le portrait par un artiste de son royaume pour immortaliser son impériale tronche. Pensons à Napoléon en rideaux de salon, par Jean-Auguste-Dominique Ingres, à Marie-Antoinette en robe de chambre, par Élisabeth Vigée Le Brun et à Stephen Harper aux jardins des délices, par Wes Tyrell.

Pour continuer sur cette illustre lancée, j’ai commandé au collectif Sopopera, portraitiste officiel de mon duché, un buste à mon effigie, histoire de préparer le terrain pour les pièces à frapper advenant mon couronnement.

L’œuvre

 

Le faub-ours

L’artiste

Dela Fontaine, Ève-Marie et Pierre-Jean, dits Sopopera, nés et travaillant à Québec, quand ils ne sont pas ailleurs.

Technique : ours empaillé sur photo numérique; duchesse en habits mixtes

Publications : catalogues exclusifs conçus, imprimés, vendus et non déballés en Asie seulement (principalement à Pyongyang), emballés sous vide, limités à un exemplaire numéroté 1 de 1.

La vie derrière l’œuvre et inversement

Avant de faire le bond dans le faubourg pour une meilleure oxygénation, Pierre-Jean a réalisé un parcours initiatique inspiré du Gesamtkunstwerk dans Saint-Sauveur. Sa voisine de l’époque, Olga Trentesous (encore sur les vieux tarifs), était un homme un peu femme. La proximité avec Olga a préparé Pierre-Jean à sa rencontre avec Ève-Marie, en lui faisant accueillir la femme en tant qu’homme en lui. Ève-Marie, elle, a eu comme génitrice une véritable duchesse du carnaval, ce qui l’a habituée très tôt à une vie en perpétuelle représentation.

Ensemble, les Dela Fontaine abordent, avec Sopopera, leur phase Jésus. L’inspiration chrétienne vient d’une expérience mystique de contact avec la lumière, le scintillement et les paillettes (mais pas dans le sens de Julie Payette). À ce sujet, les créateurs expriment une forte critique de l’art établi, notamment de Léonard de Vinci, qu’ils accusent de pervertir le sujet religieux par le statut de copieur de de Vinci, objectant que Jésus était là bien avant lui. Les techniques classiques sont elles aussi écorchées, l’Homme de Vitruve étant clairement photoshopé.

Fortement influencés par l’iconographie populaire, citant Chewbacca et René Simard comme modèles, les deux artistes se placent au confluent des extrêmes dans l’éternel débat politicosociologique ketchup ou mayo, se décrivant eux-mêmes comme un couple beige rosé, comme une p’tite sauce à trempette. Engagé dans son milieu, le collectif Sopopera n’hésite pas à décrier les injustices, comme ces rues qui flashent toutes en même temps pour le déneigement.

Ève-Marie et Pierre Jean préparent de plus un album de Noël, à paraître en janvier, comme prise de position contre l’hypocrisie du consommateur. Les textures jazz se mêleront aux Jelly Beans, la saveur pop sera teintée de soul et de popcorn caramélisé. Les Dela Fontaine revendiquent un art accessible, réservé aux gens intelligents. Après leur phase paillettes, ils songent à s’orienter vers une phase quéquette, critiquant le cul cucul et la soft porno.

Caroline Décoste

Saint-Jean-Baptiste